Honoraires en forte hausse pour les avocats d’affaires internationaux

Le développement des cabinets d’avocats anglo-saxons à Paris fait flamber les rémunérations des experts en droit boursier et des fiscalités. Qui sont rares sur le marché.

Avec 340 avocats qui travaillent dans ses bureaux cossus, cours Albert-1er, à Paris, Gide Loyrette Nouel est un des plus importants cabinets d’avocats en France. Clients prestigieux, honoraires confortables, nombreux personnel administratif… n’importe quel juriste rêverait d’y travailler.

Pourtant, l’an passé, des dizaines d’associés et de salariés ont quitté cette maison, débauchés par des concurrents anglais ou américains. « Pas étonnant : pour attirer les meilleurs spécialistes en droit international, les cabinets anglo-saxons sont prêts à leur offrir plus de deux fois ce qu’ils gagnent », constate Emeric Lepoutre, consultant chez Heidrick & Struggles, un cabinet de chasseurs de têtes. Les anglais appellent cela le « cherry picking » (mot à mot : la cueillette des cerises), la chasse aux compétences.

« Cherry picking » ou pas, depuis quelques mois les rémunérations des juristes flambent sur la place de paris. « Dans notre métier, gagner 1 million de francs à 30 ans n’est plus exceptionnel », témoigne, par exemple, Frédéric Dupuis-Toubol, partner chez Bird & Bird, un cabinet spécialisé dans le droit des nouvelles technologies de l’information. Mais tous les juristes ne sont pas logés à la même enseigne.

La conjoncture est surtout favorable aux avocats d’affaires. Experts en fusions-acquisitions, fiscalistes européens et autres mordus de la législation boursière ont vu dernièrement leurs honoraires exploser. En revanche, les revenus des avocats généralistes et des juristes d’entreprise progressent de manière très inégale.

Certains pénalistes parisiens, remarqués au cours de procès médiatisés (affaires Papon ou Omar Raddad, par exemple), s’en sortent très bien ; idem pour les directeurs juridiques en poste dans des multinationales et qui se sont formés au droit européen ou à la fiscalité internationale. Mais, parmi les milliers d’indépendants inscrits au barreau, nombreux sont ceux qui vivent beaucoup plus modestement – avec 20 000 à 30 000 francs net par mois.

Le boom des honoraires dans les cabinets d’affaires français a deux origines. L’une, très bien connue du public, est la multiplication des fusions-acquisitions au cours des dernières années ; la seconde, beaucoup plus discrète, est liée à l’implantation des concurrents anglo- saxons à Paris. La vague des M & A (« Mergers and Acquisitions » : fusions-acquisitions) qui sévit dans le monde depuis le milieu des années 90 a en effet obligé les firmes d’avocats à revoir leurs critères de recrutement. Toutes recherchent désormais les mêmes profils : des collaborateurs dotés d’au moins quatre ans d’expérience en « corporate finance » (législation boursière, fiscalité…), droit du travail ou des nouvelles technologies.

Idéalement, ils sont bilingues en anglais, titulaires d’un troisième cycle en droit privé (type DJCE, diplôme de juriste-conseil en entreprise), ou, mieux encore, possèdent une double formation : une école de commerce complétée par un « master of laws » décroché aux Etats-Unis. « Le must est d’avoir été reçu au « bar exam », le concours du barreau de New York », estime Frédéric d’Antin, chasseur de têtes chez Boyden. Ces oiseaux rares sont sûrs d’obtenir, à 30 ans, plus de 76225 Euros brut par an.

Les « worldwide partners » sont multimillionnaires

Ils peuvent gagner beaucoup plus en travaillant dans des cabinets anglo-saxons, comme Norton Rose, Freshfields ou Willkie Farr & Gallagher. Soucieuses d’accompagner le développement de leurs clients sur le vieux Continent, la plupart de ces firmes ont en effet créé des filiales à Paris. Pour attirer les cracks dont elles ont besoin, elles disposent de deux atouts. D’abord, à la différence de ce qui se pratique dans certains cabinets français, les augmentations n’y dépendent pas uniquement de l’ancienneté, mais surtout des performances individuelles : la part de variable peut représenter jusqu’à 40% de la rémunération totale.

Ensuite, les meilleurs profils peuvent très rapidement grimper les échelons. En cinq ans, on peut espérer passer du statut de « local partner » (débutant intéressé au chiffre d’affaires du bureau parisien) à celui de « worldwide partner », associé monde. Et là, c’est le jackpot, puisque l’on perçoit un pourcentage sur les bénéfices de la maison mère. Soit plusieurs millions, voire une dizaine de millions de francs par an.

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