La fracture sanitaire en France inquiète. Pire, elle est dévoilée et condamnée pratiquement tous les jours dans différentes enquêtes sectorielles. Les déserts médicaux et les dépassements d’honoraires seraient deux facteurs clés de cette dégradation qui frappe l’un des secteurs les plus
importants à l’hexagone.
Le bilan est gravement choquant : Les Français ne sont pas tous égaux devant l’accès au soin d’un médecin généraliste, d’un pédiatre, d’un ophtalmologiste ou d’un gynécologue.
C’en est d’ailleurs le cas devant les tarifs pratiqués. D’où, l’alerte déclenchée par l’Association Consumériste. Le président de celle-ci, Alain Bazot, avait déclaré récemment à l’AFP que les résultats d’une analyse faite par le soin de son ONG sont assez dramatiques.
Et d’ajouter que son étude s’est plutôt basée sur une technique très pratique en la matière : «Nous avons regardé les deux dimensions de l’accès aux soins, la dimension géographique et la dimension financière», explique-t-il.
Cependant, «lorsqu’on couple les deux, les résultats sont assez dramatiques», réaffirme Bazot qui n’hésite pas à donner d’autres détails sur cette enquête spécifique.
Enseignements capitaux :
Selon Bazot, l’étude nous rapporte plusieurs enseignements capitaux. Les chiffres publiés sur les différents supports de l’association ne réconfortent pas les responsables dudit secteur. Ils sont plutôt alarmant que négatifs : «Quelques 3,7 millions de personnes vivent dans un désert médical et 13,6 millions connaissent un accès difficile aux médecins généralistes, pourtant plus nombreux et pratiquant peu les dépassements par rapport aux autres spécialistes».
Ce premier constat est, pour sa part, riche d’enseignements. Il présente une situation grave propagée à l’échelle nationale, notamment dans certaines régions lointaines.
S’y ajoute un autre chiffre qui ne manque pas non plus d’importance : «58% des Français ont un accès difficile aux pédiatres conventionnés alors que 80%, soit 51 millions de
personnes, ont potentiellement des difficultés à y avoir accès à des ophtalmologistes et des gynécologues », poursuit l’étude. Et ce n’est pas tout. Ces spécialistes se font non
seulement rares mais moins de la moitié (46%) pratiquent les tarifs opposables.
Par ailleurs, il n’y a pas que dans les coins de campagne reculés qu’il est difficile de se faire soigner. Nous avions publié récemment plusieurs exemples de grandes villes.
Quelques 100.000 habitants d’Orléans, Le Havre, ou de Mulhouse qui ne trouvent pas de pédiatres de secteur 1. D’autres cas sont enregistrés, ici et là , pour d’autres
spécialités.
Sur le tas la réalité ne sort pas de la règle. Le nord de la France est sinistré avec une des plus basses densités médicales du territoire. Par contre, en région parisienne ou
en Paca, comme dans les grandes villes, il y a une surdensité.
«Les médecins ont tendance à s’installer autour des autres structures de santé qui permettent un exercice de la médecine en collaboration», déplore la société civile. C’est
évident puisque le mode de vie l’exige.
Et le désert médical
Ce terme recouvre deux problématiques : L’absence de médecins et celui d’accessibilité sociale. Le premier type se trouve dans les zones rurales et suburbaines, notamment
dans certaines banlieues totalement désertées. Tandis qu’au second, les médecins sont bien présents, mais, de par leur pratique de dépassement, ils excluent un certain nombre de patients, dont les bénéficiaires de la CMU et de l’AME. S’y ajoutent également tous ceux confrontés à des difficultés pour pouvoir payer la consultation.
Quant aux cause de ce fléau qui frappe à plein fouet le pays, elles sont diverses. Les facteurs sont liés à la fois à un problème de démographie médicale et de répartition
des médecins. «Déjà , le numerus clausus a entraîné une diminution globale du nombre de médecins formés», explique la société civile qui indigne cette situation.
Pire, dans ce sens, une autre alarme est sonnée : Il y a des spécialités qui tendent à disparaître, comme la gynécologie médicale. Ceci dit, c’est la crise des vocations. Surtout que des centaines de médecins s’orientent vers d’autres pratiques, comme par exemple les médecines homéopathiques, ce qui se voit beaucoup en région parisienne, et vers la médecine salariée de prévention. D’où le besoin de médecins traditionnels.
Les solutions
La société civile revendique bien des solutions immédiates. Des associatifs proposent de n’implanter dans les secteurs surdotés que des médecins de secteur 1. En revanche, ils demandent que les aides publiques soient réservées aux médecins de zones sousdotées. C’est ce que préconise d’ailleurs la Cour des comptes.
Côté disparition des dépassements, l’UFC Que choisir a une autre vision des choses. Il propose, pour sa part, de les plafonner temporairement à 40% du tarif Sécu. Et ce
dans l’attente d’une refonte complète de la tarification des actes. Une proposition logique aux yeux de bon nombre de professionnels, mais qui exige un effort colossale de la part des parties intéressées. Surtout que le bras de fer entre les professionnels et les instances de contrôle et de gestion est depuis quelques mois à son pic.
Que faut-il faire exactement ?
Comme l’a attesté le Président de l’Union syndicale des médecins de centres de santé, Éric May, lors d’une interview exclusive avec un quotidien de la place, le décrypte de la situation des centres de santé n’a qu’une seule explication : le désert médical est dû aux raisons de disparités territoriales dans l’offre de soins. La meilleure solution est claire aux yeux des professionnels : les centres de santé sont la réponse pertinente aux déserts médicaux. Mais tout d’abord, il faut régler le problème démographique.
Comment ? En formant massivement des professionnels de santé. Il y a ensuite le problème de la répartition sur le territoire. Sans être pour des mesures coercitives, il va
bien falloir trouver une solution négociée qui tende à aider les médecins à s’installer dans ces zones désertées, ces quartiers difficiles où les gens connaissent la triple peine de
la misère sociale, de l’insécurité et de l’absence d’offre de soins. Et c’est là qu’apparaît toute la pertinence des centres de santé.

